Toute SCI peut choisir de renoncer à la transparence fiscale pour être imposée, comme une société commerciale, à l’impôt sur les sociétés (IS). Ce choix change radicalement la donne : la SCI à l’IS permet d’amortir le bien et d’alléger fortement l’imposition des loyers pendant la détention, mais au prix d’une fiscalité de sortie souvent lourde. Nous répondons aux questions fréquemment posées sur les SCI à l’IS.
Qu’est-ce qu’une SCI à l’IS et comment fonctionne son imposition ?
Tout comme pour la SCI à l’IR, la société civile conserve son objet social de détention et de gestion du patrimoine immobilier. Elle est constituée d’au minimum de deux associés (personne physique ou morale), avec un capital social minimal de 1€.
La SCI est par nature translucide, et donc imposée selon le régime fiscal de ses associés, mais elle peut opter pour une imposition à l’impôt sur les sociétés (IS). L’option doit être exercée avant la fin du troisième mois de l’exercice au titre duquel la SCI souhaite être soumise pour la première fois à l’IS. L’option est reconduite tacitement, avec une possibilité d’y renoncer avant le cinquième exercice suivant celui au titre duquel l’option a été exercée. Attention toutefois : renoncer à l’IS emporte les conséquences fiscales d’une cessation d’entreprise (notamment l’imposition des plus-values latentes).
La SCI devient donc redevable de l’impôt en son nom propre, sur un résultat déterminé selon les règles des bénéfices industriels et commerciaux (BIC). Par conséquent, les associés ne sont plus imposés directement selon les résultats de la SCI. Ils deviennent imposés que lors du versement des dividendes (qui ont tout de même subis une première couche d’IS). L’avantage est que tant que le résultat reste dans la société, il n’y a pas d’imposition au niveau des associés, ce qui augmente la capacité de réinvestissement.
Comment sont imposés les bénéfices d’une SCI à l’IS ?
Le résultat imposable est soumis à l’impôt sur les sociétés aux taux de droit commun :
- taux réduit de 15 % sur la fraction de bénéfice n’excédant pas 42 500 €
- taux normal de 25 % au-delà de 42 500€
Contrairement au déficit foncier de la SCI à l’IR, un déficit ne remonte pas vers le revenu global des associés : il constitue un déficit reportable en avant, imputable sans limite de durée sur les bénéfices futurs de la société.
Quelles charges et amortissements sont déductibles dans une SCI à l’IS ?
C’est l’un des grands avantages de l’IS, et la différence majeure avec l’IR : la SCI peut amortir l’immeuble (hors valeur du terrain, non amortissable), généralement par composants, ainsi que les gros équipements. S’ajoutent la déduction ou l’amortissement des frais d’acquisition (droits d’enregistrement, honoraires de notaire), que l’IR ignore.
Sont par ailleurs déductibles l’ensemble des charges engagées dans l’intérêt de l’exploitation : intérêts d’emprunt, taxe foncière, assurances, frais de gestion, et le cas échéant la rémunération du gérant. En pratique, l’amortissement absorbe une large part des loyers : la base imposable est fortement réduite pendant toute la phase d’amortissement, et la SCI ne paie souvent que peu ou pas d’IS durant les premières années.
De plus, les charges déductibles sont moins restrictives que dans les SCI à l’IR, notamment pour les travaux de constructions, reconstruction ou d’amélioration du logement ou local professionnel.
Comment sont imposés les associés ?
Les associés sont imposés selon les dividendes qui leur sont distribués. Les dividendes sont imposés selon le prélèvement forfaitaire unique (PFU). En 2026, ce PFU s’établit à 31,4 %, soit 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux.
L’associé personne physique peut aussi opter pour le barème progressif, qui ouvre alors l’abattement forfaitaire de 40 % sur les dividendes perçus.
Dans les premières années, la SCI à l’IS dégage souvent des résultats déficitaires, rendant impossible la distribution de dividende et la sortie de trésorerie envers les associés (hors remboursement de compte courant). Cependant, ceci permet un réinvestissement efficace de la trésorerie accumulée par la SCI.
Comment sont imposées les plus-values lors de la revente ?
C’est le point de vigilance décisif de la SCI à l’IS. La vente du bien relève du régime des plus-values professionnelles : la plus-value se calcule par différence entre le prix de cession et la valeur nette comptable (valeur d’origine diminuée des amortissements pratiqués). Autrement dit, tous les amortissements déduits pendant la détention viennent mécaniquement gonfler la plus-value taxable.
La plus-value est donc imposée à l’IS, sans aucun abattement pour durée de détention — à l’opposé du régime des particuliers applicable à la SCI à l’IR, où l’exonération est totale après 22 ans (IR) et 30 ans (prélèvements sociaux).
La vente du bien génèrera un résultat positif dans la SCI qui subira un impôt sur les sociétés pour le montant du bénéfice imposable. Les associés devront ensuite se distribuer des dividendes pour toucher l’argent.
Cette fiscalité de sortie est l’élément le plus décisif à prendre en compte dans le choix d’une SCI à l’IS et à l’IR : nous vous accompagnons pour modéliser les impacts.
Quelles sont les obligations comptables et déclaratives d’une SCI à l’IS ?
Contrairement à une SCI à l’IR, l’option pour l’IS impose la tenue d’une comptabilité commerciale complète : comptabilité d’engagement, bilan, compte de résultat et annexe.
La société dépose chaque année une liasse fiscale 2065 et acquitte l’IS par acomptes trimestriels puis solde. Elle est également redevable de la cotisation foncière des entreprises (CFE).
Ces obligations sont sensiblement plus lourdes qu’à l’IR — où une simple déclaration 2072 suffit — et rendent l’accompagnement par un expert-comptable pratiquement indispensable. Ce coût de gestion doit être intégré à l’arbitrage (de 500€ à 800€ par an).
Quels sont les avantages et les limites de la SCI à l’IS ?
Ses atouts :
- Résultat souvent déficitaire les premières années grâce à l’amortissement du bien
- Davantage de charges déductibles que la SCI à l’IR
- Possibilité de différer l’imposition des associés : permet de ne pas générer de l’impôt alors que la trésorerie réelle dégagée est nulle
- Réinvestissement efficace de la trésorerie sans frottement fiscal (impôt sur le revenu)
- Imposition plus faible que le taux marginal d’impôt (TMI) pour les associés à fort TMI
Ses limites :
- Double imposition économique lors de la distribution : IS + PFU
- Fiscalité très lourde lors de la cession du bien : plus-value professionnelle.
- Option irréversible passée 5 ans
- Comptabilité plus contraignante
En synthèse, l’IS sert plutôt une logique de rendement et de capitalisation, là où l’IR sert la transmission et la revente à long terme.
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Armand Virenque, Expert-Comptable et Commissaire aux Comptes, fondateur du cabinet VA Expertise, Inscrit à l’Ordre des Experts-Comptables d’Occitanie

